dimanche 27 juin 2010

Marre Du Bleu

En arrivant à Juvigné en Mayenne pour le concours local, j'ai vu rouge. Que du rouge. Ah... toutes ces laines rouges pour tresser les juments. Cela m'a fait du bien après toutes ces semaines en bleu pour le fiasco que l'on connaît !
Après avoir crié "Allez, les Bleus !", il nous faut maintenant soutenir les Rouges pour la Coupe du monde du percheron qui se tiendra peut-être en France en 2011. Un fiasco tel que celui vécu par l'équipe de France de football n'est pas envisageable pour notre percheron 2011.
En conclusion, je laisserai la parole à Auguste Doudet qui a suivi presque tous les concours mayennais : "Hormis Juvigné, les effectifs baissent dangereusement, et l'âge des éleveurs est une source d'inquiétude".
Allez, les Rouges !

vendredi 25 juin 2010

Des Percherons Western

Aujourd'hui, Simonetta Ferrarin nous sert de guide. "On va voir Elisa et Andrea", m'a-t-elle dit.
Direction Milan, puis Vérone. Encore une soixantaine de kilomètres vers l'est, et nous nous arrêtons dans la petite ville de Badia Polesine. Quelques coups de portables plus tard, nous nous retrouvons dans le club où Elisa Berti et Andrea Perilli font de l'équitation western avec.... leurs percherons.
Faisons les présentations. Andrea monte Quenzo 5, renommé Arone, et Elisa chevauche Olnai. Ces deux percherons viennent de l'élevage Claude Solbès dans les Bouches-du-Rhône.
Fin de la visite. Nous n'étions pas très loin de Venise. Mais Simonetta me dit qu'il n'y a que des pigeons là-bas ! Tant pis...

mercredi 23 juin 2010

Mais Que Font Ces Percherons ?

En décidant de passer deux semaines en Roumanie, je m'étais fixé deux objectifs : voir ce qu'était la traction animale et tenter de cerner "le marché" percheron. En effet, depuis 2006 une cinquantaine de percherons -étalons et poulinières- ont été importés par ce pays. Pour quelle utilisation ? Partons à la découverte des percherons roumains pour tenter de comprendre.

  • George Vintan nous présente Quality du Plessis (ci-dessus) et Rustic du Plessis (ci-dessous).
C'est Marius Chiorean qui nous sert de guide pour cette première visite en Transsylvanie à Sebes. Dès notre arrivée, George Vintan sort ses deux étalons des écuries toutes neuves. Il s'agit de Quality du Plessis et de Rustic du Plessis, deux étalons qui n'ont jamais été présentés en concours en France et qui appartenaient -au moment de leur achat- à François Chouanard. George Vintan est venu à deux reprises au concours national percheron, accompagné de Marius. Pour moi, c'est la surprise, ces deux étalons noirs en parfait état pourraient faire "les beaux jours" de nos étalonniers français...
Les deux étalons devraient être utilisés pour la monte avec des juments plus légères, pour la production de chevaux demi-lourds. Malheureusement l'anémie infectieuse très répandue dans toute la région a incité George à prendre des mesures de précaution et ses étalons n'ont effectué qu'une saillie chacun.
  • Marius Chiorean en conversation avec le gardien du troupeau.
Une seconde visite à Sanpaul, à une vingtaine de kilomètres au nord de Cluj-Napoca. C'est encore Marius qui nous sert de guide. En l'absence du propriétaire Radu Tonea qui travaille à Cluj, nous retrouvons les chevaux à l'herbe.
Les prés clos n'existent pas en Roumanie. Les chevaux sont le plus souvent à l'écurie ou en extérieur attachés à un piquet à une corde de longueur... variable. Ils peuvent être aussi en liberté avec parfois bovins et moutons, sous la surveillance d'un gardien. Une dizaine de chevaux, des traits belges, deux percheronnes adultes et quelques jeunes de 1 et 2 ans, forment le troupeau qui apparemment n'est pas dans un excellent état. Marius me confirme que ces chevaux ont connu des jours meilleurs, mais que la crise est passée par là. Dans ce cas-là, les chevaux lourds que l'on destine à la reproduction (croisements) ne figurent pas dans la liste des priorités.

  • Jean Babos et son fils Domitian avec Nimbus 4.

  • Ci-dessus et ci-dessous, demi-lourds issus de croisements avec des percherons.

C'est avec l'aide de Ciprian Daraban que je parcours la région de Sighisoara. Nous nous rendons à Daïa au terme d'une route empierrée pour y retrouver Jean Babos et son fils Domitian. Ils nous présentent Nimbus 4 : "Le premier percheron importé en Roumanie". Il serait arrivé par l'ouest du pays, sans plus de précisions.

Jean Babos a effectué un voyage en France fin 2007. Il rentrera au pays avec 22 percherons, pour l'essentiel de l'élevage Eugène Richer.

Avec 300 hectares en herbe en sa possession, Jean Babos avait décidé d'arrêter l'élevage de moutons et d'investir, sur les conseils d'un ami au ministère de l'Agriculture, dans les chevaux de race. Ce sera la race percheronne. Aujourd'hui, tous les percherons importés par Jean Babos ont été revendus à des agriculteurs-éleveurs de la région. Avec une finalité quasi unique : la reproduction. Des croisements avec des races plus légères. D'ailleurs, Domitian nous présente deux étalons demi-lourds, l'un pommelé et l'autre noir, issus de ces croisements.

A une trentaine de kilomètres de Sighisoara, sur une route d'altitude, un troupeau de moutons. Quelques chevaux aussi. Je repère une jument. Percheronne, de toute évidence. Non marquée à l'encolure. Produit d'une jument pleine importée de France ? Les bergers nous disent que c'est un cheval belge (?) acheté à un marchand de passage. Ah... les marchands ! C'est la seule jument lourde du groupe, une poulinière qu'ils attellent pour de petits travaux et dont ils ne sont pas totalement satisfaits. "Vos chevaux lourds sont moins bons pour le travail que nos chevaux légers". A trois reprises, des personnes différentes m'assèneront cette remarque qui -s'ils l'avaient entendue- aurait fait se retourner dans leur tombe mes ancêtres qui ont toute leur vie travaillé avec des percherons. Mais cela s'explique. Le cheval de travail roumain doit être capable de trotter sur des kilomètres pour emmener son petit monde au village, mais aussi de tirer de lourdes carrioles chargées de foin (en paire si nécessaire). Une polyvalence que ne peut satisfaire le trait lourd, solide travailleur plus coutumier du pas que du trot.

  • Gheorghe Popescu, avec Ondine des Marais.

Dernière étape dans notre périple percheron, l'élevage de Gheorghe Popescu. En l'espace d'une année, l'homme de Bucarest s'est porté acquéreur de 22 percherons. Etalons, poulinières, pouliches et poulains. La ferme de Gheorghe Popescu est à 160 km de Bucarest, en direction de la Mer Noire. Une zone de plaines vouées exclusivement aux cultures céréalières. A plusieurs centaines de kilomètres de la Transsylvanie et de ses étendues inépuisables d'herbe. Une situation qui n'est pas idéale, surtout si l'éleveur roumain veut continuer à s'investir dans la race percheronne. On peut penser que l'éloignement des zones d'élevage de la Transsylvanie ne facilitera pas le commerce qu'il entend développer.

  • Tyrolien des Prés semble avoir des vues sur Roxane des Hates.

L'Europe Du Débardage

  • Brigitte Forêt (France), avec Quiam et Olga.

  • Matthias Rensing (Allemagne), avec Afra et Mira.

Mettons-nous dans les pas de Brigitte Forêt et de Matthias Rensing pour partir à la découverte du concours européen de débardage qui s'est déroulé à Saint-Bonnet-de-Joux en Saône-et-Loire, dans le cadre de la foire forestière Euroforest.

Ce concours a accueilli des débardeurs français, allemands, belges et norvégiens, sur un parcours très technique tracé au milieu d'un massif de Douglas. Les 3 jours que comptait l'événement avaient été mis sur pied par France Trait, avec la participation de terrain de l'association Hippotese.

  • René Richard (Belgique), avec Marquis.

  • Anton Lanx (Allemagne), avec Ignaz et Sliva.

Honneur aux vainqueurs ! Dans l'épreuve en simple, c'est le Belge René Richard qui l'a emporté. Les Belges réalisent un tir groupé remarquable puisqu'ils occupent les quatre premières places. Le premier Français, Jean-Jacques Séité, occupe la 6ème place.

Dans l'épreuve en paire, la victoire est revenue à l'Allemand Anton Lanx qui devance le jeune Belge Mathieu Louis et le Français Jean-Baptiste Ricard.

  • Rune Brobakken (Norvège), avec Svarten.

Les concurrents norvégiens, au nombre de cinq, ont été particulièrement observés. Venus dans un bus et un van spécialement aménagés, ils ont parcouru plus de 2000 km en 4 jours pour participer à ce championnat d'Europe de débardage.

Nous reviendrons plus en détail dans les prochains jours sur leurs petits chevaux de débardage et sur leur activité professionnelle.

  • Gaétan Doppel (France), avec Pensée du Pin.

  • Nicolas Aubert (France), avec Ramane et Olive.

  • José Thorel (France).

Les 3 jours de démonstrations et de concours ont permis de dessiner une nouvelle carte du débardage au cheval en France, avec des visages nouveaux comme ceux de Gaétan Doppel, Nicolas Aubert, José Thorel, mais aussi Frédéric Destailleur, Gérald Hoolans, Denis Mamino. Encourageant pour l'avenir du débardage hexagonal.

  • Thomas Muller (Allemagne), avec Bubi et Bazt.

  • Jean-Jacques Séité (France), avec Ramsès et Rycadio.

  • Florent Daloz (France).

  • Jean-Baptiste Ricard (France), avec Oliver et Qualin.

Avec la pluie qui s'est abattue sur la région pendant plusieurs jours, y compris le 1er et le 3ème jours de cette foire forestière, le parcours de 4 km truffé de tout ce que compte la panoplie d'engins lourds "au service" de l'exploitation forestière s'est vite transformé en bourbier. Alors que la plupart des démonstrations de machines lourdes voire très lourdes ont dû être interrompues, les activités des chevaux n'ont en rien été perturbées. CQFD.

  • Mathieu Louis (Belgique), avec Mira et Stas.

Avec les jeunes Mathieu Louis, Nicolas Moureau et Florentin Guillaume, tous fils de débardeurs, la Belgique compte une nouvelle génération déjà très performante. Nous aurons maintes fois l'occasion de revoir ces jeunes passionnés dans les années à venir.

  • Ole Sandaas (Norvège), avec Stjerneprinsen.

L'amicale présence des débardeurs norvégiens a été perçue comme un symbole du développement de l'Europe de la traction animale. Les débardeurs britanniques, suédois, tchèques et autres (qui étaient absents), s'ils veulent participer aux prochaines éditions de ce concours, pourraient nous offrir un tableau encore plus complet du débardage européen.

  • Gilles Marty (France), avec Odilon.

Gilles Marty n'a pas participé au concours officiel. Mais il a oeuvré tout au long des 3 jours à l'occasion des démonstrations de matériels. Il a aussi passé la journée qui a précédé le concours à tester les différents obstacles, et il a ouvert le parcours pour déterminer le temps imparti aux concurrents.

Résultats de l'épreuve en simple :

1. René Richard, Belgique.

2. Nicolas Moureau, Belgique.

3. Jean Hermand, Belgique.

4. Mathieu Louis, Belgique.

5. Oystein Lien, Norvège.

6. Jean-Jacques Séité, France.

Résultats de l'épreuve en paire :

1. Anton Lanx, Allemagne.

2. Mathieu Louis, Belgique.

3. Jean-Baptiste Ricard, France.

4. Jean-Paul Moureau, Belgique.

5. Thomas Muller, Allemagne.

6. Jean-Jacques Séité, France.

lundi 21 juin 2010

Roumanie A Petits Traits

Avant de partir à la découverte de la traction animale en Roumanie, un clin d'oeil percheron. C'est à Sebes en plein coeur de la Transsylvanie que l'on retrouve George Vintan. On l'a déjà vu à deux reprises au National percheron au Pin, accompagné de Marius Chiorean qui, depuis plusieurs années, est un lien essentiel dans la relation commerciale entre la France et la Roumanie en matière de percherons.
George nous présente Rustic du Plessis, l'un des deux étalons noirs qu'il a achetés chez François Chouanard. Un superbe étalon, tout comme Quality du Plessis que nous verrons dans un prochain sujet. Lorsque l'on sait les difficultés que les éleveurs français ont pour trouver des reproducteurs de robe noire, on peut se demander ce que ces deux chevaux font à l'étranger... Bien joué, George, et sans rancune !
La Roumanie est toujours présentée comme le dernier des anciens pays communistes à utiliser massivement la traction animale. Pas par choix, par nécessité. D'emblée, il faut diviser le pays en deux. Géographiquement. Les plaines du sud et de l'ouest, où le travail avec les chevaux est pratiquement inexistant. La relève est assurée par les tracteurs, encore fréquemment ceux de l'ère du "communisme triomphant", période symbolisée par le règne du "Génie des Carpates" comme l'avaient surnommé certains leaders occidentaux : Nicolae Ceausescu.
La traction animale, c'est justement dans les régions bosselées des Carpates, aussi connues sous le nom de Transsylvanie, qu'il faut la trouver. Les chevaux utilisés n'ont rien à voir avec nos traits de poids. Il s'agit de chevaux légers, utilisés en simple ou en paire. En termes de travail, leur principale caractéristique c'est d'être des chevaux à tout faire.
Je dois reconnaître avoir été surpris de constater qu'une grande partie du travail dans les campagnes ne se fait pas au tracteur, pas au cheval, mais... à la main. En fait, le cheval sert à se rendre aux champs, à transporter le matériel (faux, binettes). Arrivé sur place, on lui coupe quelques brassées d'herbe pour lui permettre de patienter. Et coule la sueur sur le front des travailleurs manuels...
Pour comprendre, il faut parler de la redistribution des terres. Après 1989, fin de l'ére Ceausescu, 8 millions d'hectares de terres, soit 80% du total, ont été restitués aux anciens propriétaires ou à leurs héritiers. Un découpage de près de 4 millions de parcelles, souvent minuscules. Les paysans se sont retrouvés avec 2, 5, 10 hectares au maximum. Rarement d'un seul tenant. Pour ces gens-là, l'agriculture se résume à une activité autarcique.
Sur ces petites surfaces, les paysans n'ont aucune alternative. La survie est de mise. Impossible pour eux de dégager des fonds pour acheter du matériel. Pour tous, le tracteur c'est le rêve inaccessible. J'ai d'ailleurs très vite été mis en condition par ce paysan de la région de Sighisoara qui, en apprenant que j'étais intéressé par les chevaux de travail, m'a dit : "On te les donne tous, tu les emportes chez toi et tu nous rapportes des tracteurs en échange".
Les foins se font en famille à l'aide, souvent, du seul cheval de l'exploitation. L'herbe est ramassée en vrac.
Si beaucoup de petits agriculteurs font le binage du maïs et des légumes à la main, quelques-uns utilisent le cheval, qui est aussi mis à contribution à la période des labours.
De grandes surfaces sont inexploitées, faute de moyens de la part des propriétaires, surtout sur les terrains accidentés. Des troupeaux de moutons peuvent être vus de temps à autre, mais l'impression générale est celle d'une énorme sous-exploitation de l'espace agricole.
La Roumanie compte plusieurs centaines de milliers de tziganes. Beaucoup plus, pensent certains. Leur situation est très diverse. Il y en a qui sont totalement nomades, d'une extrême pauvreté, voyageant avec leurs chevaux et leurs chariots. D'autres sont sédentarisés, regroupés en villages, vivant aussi dans une grande pauvreté ou parfois dans une apparence d'opulence.
J'ai eu à vivre quelques confrontations à la limite de l'agression qui m'ont vite fait comprendre qu'il y avait là un sérieux problème. Cependant, je me garderai bien de porter un jugement sur une situation complexe, difficile et douloureuse.
Dans les jours à venir, d'autres sujets sur la traction animale en Roumanie, mais aussi sur les percherons qui ont été importés ces dernières années dans ce pays.