En arrivant à Juvigné en Mayenne pour le concours local, j'ai vu rouge. Que du rouge. Ah... toutes ces laines rouges pour tresser les juments. Cela m'a fait du bien après toutes ces semaines en bleu pour le fiasco que l'on connaît !
"Regarder, regarder encore, regarder toujours, c'est ainsi seulement qu'on arrive à voir." Jean-Martin Charcot
En arrivant à Juvigné en Mayenne pour le concours local, j'ai vu rouge. Que du rouge. Ah... toutes ces laines rouges pour tresser les juments. Cela m'a fait du bien après toutes ces semaines en bleu pour le fiasco que l'on connaît !
C'est Marius Chiorean qui nous sert de guide pour cette première visite en Transsylvanie à Sebes. Dès notre arrivée, George Vintan sort ses deux étalons des écuries toutes neuves. Il s'agit de Quality du Plessis et de Rustic du Plessis, deux étalons qui n'ont jamais été présentés en concours en France et qui appartenaient -au moment de leur achat- à François Chouanard. George Vintan est venu à deux reprises au concours national percheron, accompagné de Marius. Pour moi, c'est la surprise, ces deux étalons noirs en parfait état pourraient faire "les beaux jours" de nos étalonniers français...
C'est avec l'aide de Ciprian Daraban que je parcours la région de Sighisoara. Nous nous rendons à Daïa au terme d'une route empierrée pour y retrouver Jean Babos et son fils Domitian. Ils nous présentent Nimbus 4 : "Le premier percheron importé en Roumanie". Il serait arrivé par l'ouest du pays, sans plus de précisions.
Jean Babos a effectué un voyage en France fin 2007. Il rentrera au pays avec 22 percherons, pour l'essentiel de l'élevage Eugène Richer.
Avec 300 hectares en herbe en sa possession, Jean Babos avait décidé d'arrêter l'élevage de moutons et d'investir, sur les conseils d'un ami au ministère de l'Agriculture, dans les chevaux de race. Ce sera la race percheronne. Aujourd'hui, tous les percherons importés par Jean Babos ont été revendus à des agriculteurs-éleveurs de la région. Avec une finalité quasi unique : la reproduction. Des croisements avec des races plus légères. D'ailleurs, Domitian nous présente deux étalons demi-lourds, l'un pommelé et l'autre noir, issus de ces croisements.
A une trentaine de kilomètres de Sighisoara, sur une route d'altitude, un troupeau de moutons. Quelques chevaux aussi. Je repère une jument. Percheronne, de toute évidence. Non marquée à l'encolure. Produit d'une jument pleine importée de France ? Les bergers nous disent que c'est un cheval belge (?) acheté à un marchand de passage. Ah... les marchands ! C'est la seule jument lourde du groupe, une poulinière qu'ils attellent pour de petits travaux et dont ils ne sont pas totalement satisfaits. "Vos chevaux lourds sont moins bons pour le travail que nos chevaux légers". A trois reprises, des personnes différentes m'assèneront cette remarque qui -s'ils l'avaient entendue- aurait fait se retourner dans leur tombe mes ancêtres qui ont toute leur vie travaillé avec des percherons. Mais cela s'explique. Le cheval de travail roumain doit être capable de trotter sur des kilomètres pour emmener son petit monde au village, mais aussi de tirer de lourdes carrioles chargées de foin (en paire si nécessaire). Une polyvalence que ne peut satisfaire le trait lourd, solide travailleur plus coutumier du pas que du trot.
Dernière étape dans notre périple percheron, l'élevage de Gheorghe Popescu. En l'espace d'une année, l'homme de Bucarest s'est porté acquéreur de 22 percherons. Etalons, poulinières, pouliches et poulains. La ferme de Gheorghe Popescu est à 160 km de Bucarest, en direction de la Mer Noire. Une zone de plaines vouées exclusivement aux cultures céréalières. A plusieurs centaines de kilomètres de la Transsylvanie et de ses étendues inépuisables d'herbe. Une situation qui n'est pas idéale, surtout si l'éleveur roumain veut continuer à s'investir dans la race percheronne. On peut penser que l'éloignement des zones d'élevage de la Transsylvanie ne facilitera pas le commerce qu'il entend développer.
Mettons-nous dans les pas de Brigitte Forêt et de Matthias Rensing pour partir à la découverte du concours européen de débardage qui s'est déroulé à Saint-Bonnet-de-Joux en Saône-et-Loire, dans le cadre de la foire forestière Euroforest.
Ce concours a accueilli des débardeurs français, allemands, belges et norvégiens, sur un parcours très technique tracé au milieu d'un massif de Douglas. Les 3 jours que comptait l'événement avaient été mis sur pied par France Trait, avec la participation de terrain de l'association Hippotese.
Honneur aux vainqueurs ! Dans l'épreuve en simple, c'est le Belge René Richard qui l'a emporté. Les Belges réalisent un tir groupé remarquable puisqu'ils occupent les quatre premières places. Le premier Français, Jean-Jacques Séité, occupe la 6ème place.
Dans l'épreuve en paire, la victoire est revenue à l'Allemand Anton Lanx qui devance le jeune Belge Mathieu Louis et le Français Jean-Baptiste Ricard.
Les concurrents norvégiens, au nombre de cinq, ont été particulièrement observés. Venus dans un bus et un van spécialement aménagés, ils ont parcouru plus de 2000 km en 4 jours pour participer à ce championnat d'Europe de débardage.
Nous reviendrons plus en détail dans les prochains jours sur leurs petits chevaux de débardage et sur leur activité professionnelle.
Les 3 jours de démonstrations et de concours ont permis de dessiner une nouvelle carte du débardage au cheval en France, avec des visages nouveaux comme ceux de Gaétan Doppel, Nicolas Aubert, José Thorel, mais aussi Frédéric Destailleur, Gérald Hoolans, Denis Mamino. Encourageant pour l'avenir du débardage hexagonal.
Avec la pluie qui s'est abattue sur la région pendant plusieurs jours, y compris le 1er et le 3ème jours de cette foire forestière, le parcours de 4 km truffé de tout ce que compte la panoplie d'engins lourds "au service" de l'exploitation forestière s'est vite transformé en bourbier. Alors que la plupart des démonstrations de machines lourdes voire très lourdes ont dû être interrompues, les activités des chevaux n'ont en rien été perturbées. CQFD.
Avec les jeunes Mathieu Louis, Nicolas Moureau et Florentin Guillaume, tous fils de débardeurs, la Belgique compte une nouvelle génération déjà très performante. Nous aurons maintes fois l'occasion de revoir ces jeunes passionnés dans les années à venir.
L'amicale présence des débardeurs norvégiens a été perçue comme un symbole du développement de l'Europe de la traction animale. Les débardeurs britanniques, suédois, tchèques et autres (qui étaient absents), s'ils veulent participer aux prochaines éditions de ce concours, pourraient nous offrir un tableau encore plus complet du débardage européen.
Gilles Marty n'a pas participé au concours officiel. Mais il a oeuvré tout au long des 3 jours à l'occasion des démonstrations de matériels. Il a aussi passé la journée qui a précédé le concours à tester les différents obstacles, et il a ouvert le parcours pour déterminer le temps imparti aux concurrents.
Résultats de l'épreuve en simple :
1. René Richard, Belgique.
2. Nicolas Moureau, Belgique.
3. Jean Hermand, Belgique.
4. Mathieu Louis, Belgique.
5. Oystein Lien, Norvège.
6. Jean-Jacques Séité, France.
Résultats de l'épreuve en paire :
1. Anton Lanx, Allemagne.
2. Mathieu Louis, Belgique.
3. Jean-Baptiste Ricard, France.
4. Jean-Paul Moureau, Belgique.
5. Thomas Muller, Allemagne.
6. Jean-Jacques Séité, France.
Avant de partir à la découverte de la traction animale en Roumanie, un clin d'oeil percheron. C'est à Sebes en plein coeur de la Transsylvanie que l'on retrouve George Vintan. On l'a déjà vu à deux reprises au National percheron au Pin, accompagné de Marius Chiorean qui, depuis plusieurs années, est un lien essentiel dans la relation commerciale entre la France et la Roumanie en matière de percherons.
La Roumanie est toujours présentée comme le dernier des anciens pays communistes à utiliser massivement la traction animale. Pas par choix, par nécessité. D'emblée, il faut diviser le pays en deux. Géographiquement. Les plaines du sud et de l'ouest, où le travail avec les chevaux est pratiquement inexistant. La relève est assurée par les tracteurs, encore fréquemment ceux de l'ère du "communisme triomphant", période symbolisée par le règne du "Génie des Carpates" comme l'avaient surnommé certains leaders occidentaux : Nicolae Ceausescu.
Je dois reconnaître avoir été surpris de constater qu'une grande partie du travail dans les campagnes ne se fait pas au tracteur, pas au cheval, mais... à la main. En fait, le cheval sert à se rendre aux champs, à transporter le matériel (faux, binettes). Arrivé sur place, on lui coupe quelques brassées d'herbe pour lui permettre de patienter. Et coule la sueur sur le front des travailleurs manuels...
Sur ces petites surfaces, les paysans n'ont aucune alternative. La survie est de mise. Impossible pour eux de dégager des fonds pour acheter du matériel. Pour tous, le tracteur c'est le rêve inaccessible. J'ai d'ailleurs très vite été mis en condition par ce paysan de la région de Sighisoara qui, en apprenant que j'étais intéressé par les chevaux de travail, m'a dit : "On te les donne tous, tu les emportes chez toi et tu nous rapportes des tracteurs en échange".
Les foins se font en famille à l'aide, souvent, du seul cheval de l'exploitation. L'herbe est ramassée en vrac.
Si beaucoup de petits agriculteurs font le binage du maïs et des légumes à la main, quelques-uns utilisent le cheval, qui est aussi mis à contribution à la période des labours.
De grandes surfaces sont inexploitées, faute de moyens de la part des propriétaires, surtout sur les terrains accidentés. Des troupeaux de moutons peuvent être vus de temps à autre, mais l'impression générale est celle d'une énorme sous-exploitation de l'espace agricole.
La Roumanie compte plusieurs centaines de milliers de tziganes. Beaucoup plus, pensent certains. Leur situation est très diverse. Il y en a qui sont totalement nomades, d'une extrême pauvreté, voyageant avec leurs chevaux et leurs chariots. D'autres sont sédentarisés, regroupés en villages, vivant aussi dans une grande pauvreté ou parfois dans une apparence d'opulence.