Dans le milieu du cheval de travail, il suffisait de dire "Hazebrouck" pour faire naître des images futuristes de collecte de déchets à l'aide de caissons innovants, créés par Veolia et attelés à un cheval de trait.
Le 1er janvier 2016, Hazebrouck et Bailleul, ville voisine convertie en 2012 à la traction animale, repasseront au tout-motorisé. Exit la collecte hippomobile.
C'est par un article du journal La Voix du Nord publié le 10 novembre 2015 sous la plume de Raphaëlle Remande que la nouvelle s'est répandue. Décision politique, explique la journaliste qui précise que le contrat de collecte avec le SMICTOM, le Syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères, arrive à expiration fin 2015 et que les maires de Hazebrouck et Bailleul ont décidé de ne pas le renouveler.
La raison ? "Le coût".
La collecte hippomobile s'avère être 7% plus chère qu'un même service à l'aide de véhicules motorisés classiques. Un surcoût apparemment insupportable pour les élus locaux. "Ce sont les communes qui choisissent les services, puis le SMITCOM applique ce que les communes souhaitent", explique Philippe Brouteele, président du SMITCOM.
Du côté de Veolia, fer de lance de ce service unique en France, certaines voix regrettent cette décision en précisant que si le surcoût de 7% est une réalité, il doit être mis en balance avec "les aspects environnementaux associés". On peut en effet s'étonner de voir qu'au moment où se tient en France la COP 21, souvent qualifiée de conférence de la dernière chance, un service qui contribuait à la réduction des gaz d'échappement et à celle de la consommation d'énergie fossile passe ainsi à la trappe.
Hazebrouck, après une série de reculades dans d'autres villes suite aux dernières élections municipales, vient confirmer que le cheval territorial est définitivement un cheval politique soumis au jeu démocratique des alternances électorales, ce qui en fait un service des plus difficiles à pérenniser.
Désormais Hazebrouck et Bailleul ne seront plus que deux villes du Nord.
En novembre 2011, année du début du service, nous avions passé une journée à suivre la collecte hippomobile à Hazebrouck.
Voici deux extraits d'un article publié à cette occasion dans le numéro 46 du magazine Sabots :
"L’introduction
de la collecte des déchets par Véolia à l’aide d’une benne hippotractée
correspond à une volonté de s’inscrire activement dans une politique de
préservation de l’environnement. Les points forts de la collecte hippomobile des déchets
commencent à être bien connus : réduction des gaz à effet de serre ; réduction
de la consommation d’énergies fossiles grâce à l’utilisation d’une énergie
alternative et renouvelable, le cheval de trait ; diminution des
pollutions sonores et atmosphériques. Dans un communiqué de presse,
l’entreprise Véolia Propreté cite quelques chiffres en rapport avec les
économies d’énergie réalisées et en particulier l’économie de gaz-oil qui est de 13 000 litres par an. La mise
en place de la collecte au cheval a aussi un impact sur la qualité du tri, comme
le précise le directeur régional de Véolia : « Nous
nous sommes aperçus que les gens faisaient davantage attention au tri. Le
cheval incite les riverains à mieux trier, en créant un lien affectif. Nous
avons constaté une diminution des refus, les déchets mal triés. En remplaçant
les moteurs thermiques cachés par un moteur animal visible nous sensibilisons
les citoyens à l’enjeu de la production de déchets et au besoin de modifier nos habitudes pour limiter les quantités
produites ».


"Après
une petite heure de collecte, les sacs jaunes emplissent la totalité de la
benne. L’attelage s’engage alors dans une petite cité pavillonnaire. Un caisson
vide a été positionné sur un parking, un peu à l’écart des maisons. Le
changement de caisson ne prend que quelques minutes. Jeanne, Edouard et Jérémie
connaissent parfaitement bien la manœuvre. Il faut déposer le caisson plein,
positionner le châssis devant le caisson
vide, le faire rouler sous le châssis. Le caisson bien positionné, il
suffit de mettre en marche le relevage actionné par un système hydraulique
alimenté en électricité par une batterie. Des études sont en cours pour
l’installation de panneaux photovoltaïques. Pendant toute l’opération, Loriane,
habituée aux arrêts aux points de rupture, les sites de changement de caisson
lorgne avec envie vers la pelouse malheureusement un peu trop éloignée. La
collecte du caisson plein est assurée un peu plus tard à l’aide d’un camion
doté d’un portique à chaînes pour la
levée du caisson. Les sacs tombent alors par simple gravitation dans la benne
du camion."

