vendredi 9 octobre 2015

Histoire D'Un "Modèle Insuffisant"

Avec une photo et un texte personnels, Christophe Bordez nous livre une tranche de vie percheronne.

Christophe Bordez et Charly de Montfrou.

"En septembre 2014, mon épouse, mes filles et moi nous nous rendons au National du percheron avec nos deux juments qui étaient conviées à passer les tests de caractérisation orchestrés par Sandra. À ce petit monde s'ajoutent deux amis meneurs de cobs, compétiteurs et «Routeurs».

C'est la sortie familiale et amicale "plaisir", le soleil est radieux, je me réjouis des moments en perspective. Sitôt arrivés, nos regards sont attirés par un mâle noir de 2 ans : Charly de Montfrou (par Seigneur des Hâtes et Sultan de l'Horizon par Magic du Gué). Cet animal attire la sympathie : belle tête, regard sympa, harmonieux, de la classe, dos assez court, une charpente osseuse assez fine, pas trop grand. En même temps, à 2 ans la morphologie est loin d'être fixée... Nous discutons longuement avec son éleveur, aussi sympa que le cheval (ceci explique t-il cela ?). Lequel éleveur s'apprêtait à présenter son entier au grand examen de passage pour l'obtention du Graal de la reproduction.

Nous repérons d'autres chevaux, observons, questionnons des éleveurs, prenons des notes et des prix qui tournent autour de 4000 €, 5000 €, parfois 6000 €. Ce qui correspond à des prix de chevaux de selle sportifs au potentiel moyen à moyen+ (selle français, Kwpn...), débourrés, prêts à être utilisés ou déjà "plug and play"  en compétition de CSO, endurance voire début dressage (club). Je savoure du regard cette ébullition d'un jour (tantôt sucrée, tantôt épicée), le site du Pin avec ses rides témoins du temps qui passe, l'ambiance et les chevaux qui sortent de leurs herbages et  mis en beauté : un régal. C'est la planète percheronne qui se met en orbite le temps d'une journée, autour de l'astre central percheron : le Pin. Nous scrutons, mes amis et moi, les chevaux qui passent devant les examinateurs et jouons les juges en herbe en trouvant les mots les plus qualifiants."

Mickaël René et Charly de Montfrou au National percheron 2014.

Charly s'est fait recaler, à la surprise de son éleveur (et de la mienne mais je ne suis sûrement pas assez qualifié), motif : MODÈLE INSUFFISANT. 

Quelques semaines plus tard, j'ai acquis Charly pour en faire un cheval d'attelage loisir, sportif compétition. Un travail d'éducation basique avait été effectué par l'éleveur, ce qui est très bien. J'ai approfondi son éducation et fait son débourrage à la voiture. Charly, âgé maintenant de 3 ans, a fait cette saison d'attelage en jeune chevaux SHF 1ère année. Sur 7 concours : une élimination (1er concours), une 2ème prime et cinq 1ères primes… L'apothéose fut atteinte ce dimanche en interrégional à la finale nationale SHF à Compiègne où nous avons terminé 1er au classement des 1ère année. Total des gains cette année aux alentours de 450 €. Avouez que pour un modèle insuffisant, c'est excellent !.... C'est une grande satisfaction et Charly n'a pas encore tout dévoilé...

Cette histoire de modèle insuffisant illustre un paradoxe. Alors que les éleveurs et utilisateurs sont normalement en osmose, les examinateurs jugent par rapport à un standard et non par rapport à une attente d'utilisateurs ou une demande. Se posent-ils la question : de quels chevaux avons-nous besoin ? Pourquoi juger un animal insuffisant à deux ans ? Insuffisant pour faire quoi ? Pourquoi classer un animal en diligencier à 2 ans alors que sa croissance n'est pas finie ? J'ai vu des champions diligenciers qui n'ont plus rien de diligencier aujourd'hui. J'ai la vague impression que ces deux jours de jugement suprême intègrent un folklore local ayant pour objectif de tenir en haleine une poignée de passionnés de moins en moins nombreux. Il devrait y avoir corrélation ou coordination pour savoir quoi produire.

Bref messieurs les éleveurs, si vous pouviez continuer à faire des MODÈLES INSUFFISANTS comme Charly de Montfrou, je suis persuadé que nous verrions plus de percherons sur les concours sportifs ou ailleurs. Je pense qu'il est déjà trop tard, hélas !

Je reviendrai bientôt faire part  de réflexions, de constats, consécutifs à mon expérience de menage de percherons. Oui je sais, ça ne sert  à rien ; mais les percherons, je les utilise et je constate des tendances qui se dégagent. J'en ferai état sur le blog de Jean-Léo (meilleure audience) car je sais qu'une partie cachée de l'iceberg (fondant) est attentive.
Allez, tous ensemble les percherons !
Percheronnement."

14 commentaires:

Simonetta a dit…

da "forte" utilizzatore di cavallo Percheron,dopo questo National ho continuato a chiedermi perchè , nel massimo ripetto della Razza e delle sue caratteristiche, l'allevamento Francese non possa avere un occhio di riguardo per una selezione mirata all'utilizzazione.
Ho assistito al Mondiale 2014 in USA ed è stata una esperienza illuminante, per capire che in Francia sarebbe possibile avere Percheron performanti senza fare errori che facciano perdere la loro tipicità...purtroppo negli Stati Uniti molti cavalli erano molto lontani da questo.
Un mercato che in tempi come questi non trascurerei affatto
Simonetta

Anonyme a dit…

Bonjour,
Faire du beau Ok.
Mais pour être bon SOUS l'assiette ou DANS l'assiette? A vous de nous guider!
Corinne Hervé (utilisatrice de percheron passe partout)

JLD a dit…

Simonetta nous donne son point de vue, intéressant à plus d'un titre. En voici une traduction rapide :
"Après ce National, je n’ai pas cessé, en tant qu’utilisatrice du cheval percheron, de me demander pourquoi, tout en respectant au maximum la race et ses caractéristiques, l'élevage français ne peut pas avoir un œil pour une sélection ciblée vers l’utilisation.
J’ai assisté au Congrès mondial 2014 aux États-Unis et ce fut une expérience enrichissante, j’ai compris qu'en France il serait possible d'avoir des percherons performants sans faire l'erreur de supprimer leur caractère unique ... malheureusement, beaucoup de chevaux aux États-Unis sont très loin de cela.
[L’utilisation :] Un marché qui -dans des moments comme ceux-ci- n’est pas à négliger."

LICHTFUS, thierry (b) a dit…

je possède deux percherons athys 5 ans et eliot 18 mois. ces deux chevaux peut être d'un modèle insuffisant comme relevé dans l'article sont arrivés(le premier) par hasard chez moi (amateur de cob) le second je recherchais la même origine (silver shadow sheik). <actuellement aucun des deux ne m'a déçu et j'éprouve beaucoup de plaisir à les travailler. Athys à participé à deux routes cette années (terroirs et bulles, et ducs de bourgogne) il s'est classé (en paire avec sa copine cob) 3ème à chemilly sur serein et 1er à semur en auxois.

Gerard Beaute a dit…

Je suis utilisateur et pratique l’attelage de loisir, http://gerardbeaute.wix.com/percheronsbellemois . J’assiste à des concours de modèles et allures. Je partage les commentaires de Christophe, souvent je remarque que les chevaux qui me plaisent ’’…belle tête, regard sympa, harmonieux, de la classe, dos assez court, une charpente osseuse assez fine, pas trop grand…’’ (1,65m) sont rarement classés en tête de liste. J’ai toujours l’impression qu’un seul juge note et les autres approuvent. Je pose la question (qui restera sans peut être sans réponse) pourquoi systématiquement, pour examiner les percherons, les juges se concertent-ils pour la notation des chevaux ? Dans les concours d’attelages (où il m’arrive parfois d’être secrétaire de juge) les 3 juges sont situés à trois endroits différents et ne peuvent échanger leurs commentaires, 3 fiches de notes sont émises et un trop grand écart de note peut être discuté. S’il en était ainsi, nous aurions probablement un classement plus juste. D'ailleurs les chevaux présentés selon les lieux de concours n'obtiennent pas le mêmes notes...

Anonyme a dit…

Charly est hongre ou encore entier ?

Anonyme a dit…

Très interessant et malheureusement trop vrai.

Une petite anecdote pour confirmer la tendence. J'ai sorti ma jument de 6 ans en concours pour la première fois en septembre. Pas un concours qualification national, juste l'équivalent d'un comice. Il y avait trois juges (et pas des jeunes!). Ma jument a un petit problème de boiterie au trot sur surface molle, qu'on soigne avec des fers spéciaux, donc ceci est effectivement une faute. Mais pour le reste... J'ai voulu connaitre les détails de la note assez moyenne (28, et elle aurait apparament eu 29 sans boiterie), pensant que le travail des juges est autant pédagogique que critique. J'ai donc demandé à voir la feuille de jugement. Pas de feuille de jugement. "Nous avons donné des notes générales" me dit-on. Je demande donc, par personne interposée pour ne pas trop m'énerver, quels étaient les défauts de ma jument. "Ben, rien" me dit-on. Nous insistons un peu. On demande si elle est utilisée. Je dis que oui, et on nous dit qu'elle "ferait une bonne jument de ferme ou une bonne poulinière." Ma fois, le percheron idéal, croirait-on. Mais il parait que "ce n'est pas le genre de modèle qu'on cherche de nos jours dans les concours." Que dire? Un percheron, ça sert à quoi au fait?

Virginia Kouyoumdjian

Anonyme a dit…

c'est ce que j'ai voulu faire mettre en pratique il y a de ca 3 ans mais la shpf et les juges m'ont dit que cela serait trop difficile a appliquer .pour ma part je pense plutôt qu'ils ne veulent pas évoluer et surtout pas se remettre en question (j'avais fait tourner une pétition a ce sujet beaucoup étaient d'accord avec mais peu l'on signé car peur des représailles que l'on ma dit ) Romain LAURENT

Anonyme a dit…

pour essayer de répondre à tout ces message,je pense que nous devons garder ces concours de modéles qui nous permettent d'utiliser les meilleurs pour la reproduction que ce soit en petites tailles sur lesquels on ne porte pas assez d'attention, les diligenciers, ou les grandes tailles,mais pour ce qui est de l'utilisation,c'est la seule race de trait qui offre la plus grande gamme en taille et en morphologie,personnellement,j'essaie d'allier modéle et utilisation,aprés,c'est à chaque éleveur ou utilisateur de faire ses choix.mais un bon cheval d'utilisation,s'il n'a pas le modéle suffisant ne peu pas étre reproducteur.je serais méme pour que la note d'approbation soit relevée à 30points.francis valognes

Pierre-Yves Berger a dit…

"Charly est hongre ou encore entier ?"
Moi sur la photo, je pensais que c'était une pouliche et je ne suis pas surpris qu'il soit un peu juste pour faire un étalon, son rognon haut et sa croupe rabattue n'ont pas aidé.
Pour ses bons résultats en attelage, je pense que c'est bien ; mais je n'y connais rien alors je ne dis rien. D'ailleurs, je n'ai jamais entendu un éleveur critiquer le jugement en attelage et cela devrait être réciproque.
Ce qui est sûr : en élevage, nous avons le même plaisir et les mêmes sensations que Mr Bordez à finir devant les autres. Et nous, on n'a pas 450 €.
Mais dites-moi, si je comprends bien, et si Charly avait été approuvé, il aurait été trop cher pour nos amis utilisateurs ?
P.-Y.

Sylvie MARTZ a dit…

Historiquement la race percheronne savait bien fabriquer des chevaux qui étaient aussi bons en modèle qu'au travail et il y avait déjà des chevaux de gros travaux et des chevaux de voitures C'est donc que c'est possible
Si ça n'existe plus, c'est qu'il y a perte de mémoire et personnellement je crois que seuls les utilisateurs peuvent aider à recréer cette mémoire
L'utilisation n'a pas tellement changé même si elle s'est modernisée On débarde, on laboure, on sarcle, on attelle pareil qu'avant et les caractéristiques demandées à ces chevaux de travail ou d'utilisation sont les mêmes qu'autrefois et on a toujours besoin de nos 2 types de modèles en fonction de l'usage qu'on souhaite faire
L'élevage d'autrefois savait faire les mariages entre chevaux dans l'idée de fabriquer de bons chevaux de travail La race percheronne ne s'en portait pas si mal puisque c'est ce qui a fait une grande partie de sa renommée et tous, éleveurs comme utilisateurs, y trouvaient leur compte
Ce n'est plus à la même échelle mais ça peut encore fonctionner s'il y a une vraie volonté de se souvenir, une vraie volonté de dialogue et d'entente entre ceux qui fabriquent et ceux qui utilisent
Il y a des vraies caractéristiques pour faire un étalon ou une poulinière et des vrais critères pour faire un cheval d'utilisation ou de travail et si les chevaux d'élevage ne portent pas en eux les bons critères pour l'utilisation, comment pourront ils les transmettre? D'où l'intérêt de parvenir à harmoniser de nouveau
Mais si on n'y parvient pas et que le conflit continue entre éleveurs et utilisateurs comme c'est le cas depuis beaucoup d'années, pourquoi ne pas tout simplement inventer de nouvelles règles peut être plus convenables pour tous les esprits ou en tous cas moins conflictuelles et décider de scinder l'élevage en deux Il y aurait ainsi des éleveurs de chevaux d'élevage et des éleveurs de chevaux d'utilisation et chaque catégories produirait dans sa spécificité
Bien sûr cela suppose que les juges soient aptes à juger les 2 catégories ou qu'il faille former des juges spéciaux pour l'utilisation sinon on est pas prêts d'avoir des reproducteurs approuvés dans la catégorie utilisation! Mais chacun pourrait resté campé sur ses positions sans aucune conséquences, chacun chez soi dans un domaine différent et sans se critiquer les uns les autres comme le préconise le message de paix de Pierre Yves
Certains diront que ça finirait par poser des problèmes génétiques Pas si sûr quand on voit le gros problème actuel des courants de sang identiques principalement chez les étalons quel que soit le modèle, diligencier ou trait et que pour varier il sera bientôt intéressant ou prudent de se tourner de nouveaux vers de la semence importée

Marion Richard a dit…

En tant que spectatrice de moins en moins impliquée dans la race percheronne, j'interviens peu sur ce blog mais je suis avec attention tous les articles (merci Jean-Léo!). Néanmoins, je voudrais souligner les efforts qui commencent à être bien visibles des éleveurs éclairés pour produire un cheval qui ressemble à un percheron mais qui puisse être utilisable pour les activités d'aujourd'hui: dans les concours modèles et allures (vitaux et nécessaire pour la sélection de la race), je ne vois plus ou très peu de juments type "grosse barrique cagneuse" mais aussi très peu de "grande duduche avec des jambes en coton et de l'air sous le ventre". C'est bien le signe d'une harmonisation et d'un développement des belles allures. Pour aller plus loin dans cette recherche des meilleures sujets d'élevage possédant toutes les qualités requises pour faire des chevaux utilisables, il vaut mieux s'unir que de se diviser éleveurs vs utilisateurs. L'idéal serait d'écarter de la repro, les sujets mâles et femelles n'ayant pas les qualités "utilisation" (mauvais aplombs, pas d'allures, mauvais tempérament) mais aussi d'écarter de la reproduction tous les sujets n'ayant pas les qualités intrinsèques du percheron (modèle, taille...). On aura gagné quand tous les Percherons pourront être utilisables et on ne mettra que les meilleurs sujets à la repro (y compris dans les femelles!!!). Si vous vous divisez, vous serez affaiblis face aux autres races et vous n'aurez plus de crédibilités face aux instances dirigeantes. Bon courage! :)
Marion Richard

JLD a dit…

Bonjour Marion,
De toute évidence, prendre du recul permet une réflexion posée, sereine, et constructive.
Une réflexion que je partage à 100%.
Merci.
Jean-Léo.

Sylvie MARTZ a dit…

Mais oui que Marion a 100% raison mais tout ce qu'elle propose est justement ce qui n'arrive pas à être fait et il faut bien qu'on arrive à trouver des solutions