lundi 21 juin 2010

Roumanie A Petits Traits

Avant de partir à la découverte de la traction animale en Roumanie, un clin d'oeil percheron. C'est à Sebes en plein coeur de la Transsylvanie que l'on retrouve George Vintan. On l'a déjà vu à deux reprises au National percheron au Pin, accompagné de Marius Chiorean qui, depuis plusieurs années, est un lien essentiel dans la relation commerciale entre la France et la Roumanie en matière de percherons.
George nous présente Rustic du Plessis, l'un des deux étalons noirs qu'il a achetés chez François Chouanard. Un superbe étalon, tout comme Quality du Plessis que nous verrons dans un prochain sujet. Lorsque l'on sait les difficultés que les éleveurs français ont pour trouver des reproducteurs de robe noire, on peut se demander ce que ces deux chevaux font à l'étranger... Bien joué, George, et sans rancune !
La Roumanie est toujours présentée comme le dernier des anciens pays communistes à utiliser massivement la traction animale. Pas par choix, par nécessité. D'emblée, il faut diviser le pays en deux. Géographiquement. Les plaines du sud et de l'ouest, où le travail avec les chevaux est pratiquement inexistant. La relève est assurée par les tracteurs, encore fréquemment ceux de l'ère du "communisme triomphant", période symbolisée par le règne du "Génie des Carpates" comme l'avaient surnommé certains leaders occidentaux : Nicolae Ceausescu.
La traction animale, c'est justement dans les régions bosselées des Carpates, aussi connues sous le nom de Transsylvanie, qu'il faut la trouver. Les chevaux utilisés n'ont rien à voir avec nos traits de poids. Il s'agit de chevaux légers, utilisés en simple ou en paire. En termes de travail, leur principale caractéristique c'est d'être des chevaux à tout faire.
Je dois reconnaître avoir été surpris de constater qu'une grande partie du travail dans les campagnes ne se fait pas au tracteur, pas au cheval, mais... à la main. En fait, le cheval sert à se rendre aux champs, à transporter le matériel (faux, binettes). Arrivé sur place, on lui coupe quelques brassées d'herbe pour lui permettre de patienter. Et coule la sueur sur le front des travailleurs manuels...
Pour comprendre, il faut parler de la redistribution des terres. Après 1989, fin de l'ére Ceausescu, 8 millions d'hectares de terres, soit 80% du total, ont été restitués aux anciens propriétaires ou à leurs héritiers. Un découpage de près de 4 millions de parcelles, souvent minuscules. Les paysans se sont retrouvés avec 2, 5, 10 hectares au maximum. Rarement d'un seul tenant. Pour ces gens-là, l'agriculture se résume à une activité autarcique.
Sur ces petites surfaces, les paysans n'ont aucune alternative. La survie est de mise. Impossible pour eux de dégager des fonds pour acheter du matériel. Pour tous, le tracteur c'est le rêve inaccessible. J'ai d'ailleurs très vite été mis en condition par ce paysan de la région de Sighisoara qui, en apprenant que j'étais intéressé par les chevaux de travail, m'a dit : "On te les donne tous, tu les emportes chez toi et tu nous rapportes des tracteurs en échange".
Les foins se font en famille à l'aide, souvent, du seul cheval de l'exploitation. L'herbe est ramassée en vrac.
Si beaucoup de petits agriculteurs font le binage du maïs et des légumes à la main, quelques-uns utilisent le cheval, qui est aussi mis à contribution à la période des labours.
De grandes surfaces sont inexploitées, faute de moyens de la part des propriétaires, surtout sur les terrains accidentés. Des troupeaux de moutons peuvent être vus de temps à autre, mais l'impression générale est celle d'une énorme sous-exploitation de l'espace agricole.
La Roumanie compte plusieurs centaines de milliers de tziganes. Beaucoup plus, pensent certains. Leur situation est très diverse. Il y en a qui sont totalement nomades, d'une extrême pauvreté, voyageant avec leurs chevaux et leurs chariots. D'autres sont sédentarisés, regroupés en villages, vivant aussi dans une grande pauvreté ou parfois dans une apparence d'opulence.
J'ai eu à vivre quelques confrontations à la limite de l'agression qui m'ont vite fait comprendre qu'il y avait là un sérieux problème. Cependant, je me garderai bien de porter un jugement sur une situation complexe, difficile et douloureuse.
Dans les jours à venir, d'autres sujets sur la traction animale en Roumanie, mais aussi sur les percherons qui ont été importés ces dernières années dans ce pays.

5 commentaires:

Patrick HUET a dit…

Vous nous étonnerez toujours par la qualité de vos photos et commentaires.
Un cavalier bloggeur attentif et fidèle. Bravo et continuez !
Bien cordialement
Patrick

Anonyme a dit…

bonsoir JLD,te voilà enfin de retour on commençait à trouver le temps long, rien, toujours rien,j'espère que tu vas rester un peu avec nous même si c'est pour aller chercher des photos ailleurs pour notre plus grand plaisir.
amitiés Marcel

Chris a dit…

Bonjour Jean-Léo!
Merci pour ce superbe reportage sur la Roumanie. J'attends la suite avec impatience.
Tu n'étais donc pas à Euroforest? Il parait que les conditions météo était dantesque, pluie boue et froid.
J'étais à Salives, pour le printemps des traits.
Chris

Valérie S a dit…

Salut Jean-Léo, c'est toujours un plaisir de te retrouver...
Qu'est-ce que les acheteurs roumains recherchent en venant acheter des percherons en France si ils n'utilisent pas ou peu la traction animale? C'est pour l'élevage? mais au quel cas pour quels débouchés ensuite, la viande? Et plus anecdotiquement, quelle est la boisson nationale en Roumanie? Bises à vous deux.

JLD a dit…

Ah ! Valérie... Je vois bien quels sont tes centres d'intérêt !
Tout au début du voyage, un vieil homme qui déchargeait son fumier à la fourche a sorti de sa carriole une fiole d'alcool de prune et m'en a proposé. Sans doute pour célébrer l'amitié franco-roumaine ? J'ai refusé en lui expliquant que l'alcool ne facilitait pas la prise de vue photographique. Il ne m'en a pas voulu et a bu une bonne rasade... au goulot. En retournant à la voiture, Marius m'a dit : "C'est souvent comme ça, ils cachent une fiole d'alcool pour que leur femme ne s'en aperçoive pas".
Sinon, la bière est très fréquente, ainsi que le Coca-Cola...
Voilà, Valérie, tu peux mettre la Roumanie dans la liste des pays à visiter....